Les hommes et les femmes officiellement reconnus comme opposants au Cameroun sont-ils sincères ? A cette question je répondrai globalement par l’affirmative en accordant à tous le bénéfice du doute. Poursuivent–ils des objectifs nobles ? A cette question je répondrai aussi globalement par l’affirmative pour plusieurs d’entre eux.
Ont–ils réussi à convaincre la majorité des Camerounais qu’un autre ou d’autres dirigeants politiques, différents des hommes au pouvoir depuis des décennies, qu’un autre modèle politique, un autre modèle économique, un autre modèle social, un autre modèle culturel sont nécessaires à la Nation et au peuple camerounais ? La réponse est négative. L’opposition camerounais et j’en fais partie n’a pas convaincu les camerounais.
Malgré la manipulation réelle ou supposée des urnes, malgré les obstacles aux libertés publiques que sont les refus par les sous-préfets et préfets de laisser se tenir des réunions et autres manifestations publiques, malgré l’absence d’une réelle liberté d’expression, les partis politiques n’ont pas convaincu la majorité des camerounais.
Dans ce cas, ne sommes-nous pas contraints et forcés de nous interroger sur les conditions fondamentales à remplir pour construire et rendre fonctionnel un moteur politique promoteur de l’essor du Cameroun ?
A cette dernière question une réponse s’impose : les hommes et femmes politiques camerounais ont l’obligation d’asseoir leur légitimité, de faire connaître leur projet de société, de faire preuve de détermination, d’avoir du charisme, de jouir d’une réelle notoriété, d’être crédibles, de ne pas commettre d’erreurs itératives de jugements dans un irrédentisme absolu, de savoir prendre les bonnes décisions, de rester cohérents dans leurs propos et leurs actes, d’être capables de faire preuve d’autorité, d’être financièrement indépendants et libres. Pour rester libres et indépendants, les partis politiques au sein desquels militent ces hommes et femmes, du pouvoir ou de l’opposition, doivent développer leur propre C.A.F (capacité d’autofinancement).
C’est en remplissant ces conditions de base que les hommes et les femmes politiques camerounais seront admis au titre emblématique, à la lourde charge, au rang difficile, aux immenses responsabilités d’Hommes et de Femmes d’Etat.
Les Hommes et Femmes d’Etat doivent dire leur choix et éclairer l’opinion publique. Un Homme, une Femme d’Etat doivent se mettre au-dessus des choix partisans et ne servir qu’une seule cause : celle de l’intérêt supérieur de la nation.
En politique tout comme en économie, le tintamarre, la gesticulation, la posture et l’imposture ne remplacent pas la détermination, la conviction, la vérité et la légitimité.
Lorsque dans une nation tous les citoyens pensent la même chose alors il faut en conclure qu’ils ne pensent plus rien : dans ce cas la pensée unique et statique devient le socle de la politique. Il s’agit alors d’une politique d’inertie. Cela est vrai tant dans les rangs du pouvoir que dans ceux de l’opposition.
La pensée dynamique est source de progrès et d’évolution, elle s’oppose à la pensée unique et statique génératrice d’inertie, de stagnation, d’obscurantisme et en définitive de régression.
La pensée dynamique et critique porte en elle la culture de la contradiction qui est l’essence même de la démocratie.
De la contradiction, de la différence des concepts, de la critique suivie de propositions et de solutions naissent l’innovation et la créativité, gages de progrès et de succès. Dans toutes les formations politiques modernes nous devons fonder un département « R&D » (« Research and Development ») qui nous assurera une politique de pointe et d’avant–garde sur la base de nos fondamentaux.
Tels sont les principaux sujets qui interpellent tous les partis politiques au Cameroun d’autant plus que tous nos partis politiques peinent à se structurer, à recruter et à s’implanter sur les dix régions, les 58 départements et les 367 arrondissements et districts camerounais.
Le Cameroun tout entier, quel que soit le bord politique auquel on appartient, souffre de pathologies socio-politiques identifiables et récurrentes :
Il s’agit :
Il s’agit toujours parmi les pathologies socio- politiques camerounaises
Confrontés à cet état de chose, notre devoir est d’installer la foi en la République et en une cause collective supérieure reposant sur le rationnel, sur des valeurs morales universelles et des vérités fondamentales sans faire fi de notre culture propre. Nous avons l’obligation morale et citoyenne d’enseigner et de faire pratiquer les valeurs républicaines que devraient être :
Nous devons créer une relation nouvelle entre l’Etat et le citoyen
Dialoguer, se parler, se comprendre et se pardonner réciproquement c’est être humain par opposition au monde inorganique, froid, métallique et minéral.
Je reste convaincu qu’il existe deux façons de prendre et d’exercer le pouvoir :
On peut accéder et se maintenir au pouvoir par la peur du châtiment, la peur du policier, du gendarme, du sous-préfet, du préfet, du magistrat, du juge, par la coercition, l’usage de la violence, par la peur de la douleur et de la mort. Cette méthode est inopérante pour créer une société juste apte au progrès et au bonheur.
Je pense qu’il est aussi possible et plutôt préférable d’arriver et de se maintenir au pouvoir par la persuasion , la conviction , par l’amitié, la sympathie , l’amour du prochain car plus nous avons d’amis autour de nous qui nous apprécient et nous estiment, par ce que nous sommes et par la qualité de nos idées, plus nous exerçons un pouvoir effectif et efficace porteur de résultats car reposant sur l’adhésion de la majorité aux projets que nous prônons.
L’ Histoire de l’Humanité a fondamentalement changé grâce à la parole et non par la violence. Le discours devient action et force matérielle quand il peut mettre en mouvement des masses populaires par la qualité de son contenu, la densité de son propos et l’intensité de sa sincérité.
Ni le Christianisme, ni l’Islam, ni le Confucianisme, ni le Bouddhisme, ni le Judaïsme, ni le Marxisme ne nous contrediront à ce sujet.
Une politique animée par la seule volonté de puissance consiste à construire la confrontation, à user de provocation et à pratiquer la défiance pour installer sa domination. Une telle politique est destructrice et porte en elle les germes du conflit. Cette politique n’est pas celle du « Tous Ensemble » annoncée par le président Biya le 3 novembre 2011 lors de sa prestation de serment au Palais de verre de Ngoa Ekelle.
John Fitzgerald Kennedy a déclaré lors de sa prestation de serment au Capitole le 20 janvier 1961 que « dans le passé ceux qui ont cherché à atteindre la puissance en chevauchant le tigre ont fini par être dévorés par lui. »
Je suis convaincu qu’en tout peuple, dans toute nation moderne, sommeille un tigre qui se réveille tôt ou tard quand son seuil d’indignation est franchi. Le Cameroun est un Tigre qui sommeille.
Le seuil d’indignation d’un peuple dépend de sa culture, de son Histoire, de son degré de cohésion, de son grade d’intégration sociétale, de la masse critique d’informations dont il dispose et de sa capacité d’analyse. La capacité d’analyse du peuple est liée au travail d’explication des acteurs politiques, à l’implication de la société civile, au degré d’engagement des intellectuels et à l’objectivité mentale du pouvoir médiatique dans son ensemble.
Dans un combat de cette nature la classe aisée et la plus instruite restent souvent en retrait lors des affrontements politiques ouverts. En plus des hommes politiques déclarés, cette classe aisée et instruite, désignée aussi comme société civile, est apte à récupérer les fruits de la lutte menée au long cours par les plus humbles. Cette classe aisée camerounaise : par honnêteté, par solidarité, par générosité, par fraternité et pour la vérité historique devrait d’ores et déjà s’organiser pour promouvoir un Cameroun différent, plus rationnel, plus moderne et crédible qui suscitera l’adhésion des citoyens dans le pays ainsi que des citoyens du monde hors de nos frontières.
La présentation du gouvernement du 9 décembre 2011, un gouvernement « bis repetita », qui n’est pas un gouvernement du « Tous Ensemble » mais du « Entre Nous les éternels vainqueurs » conduit inexorablement à marche forcée le Cameroun vers son seuil d’indignation. Après les élections présidentielles du 9 octobre 2011 où la morosité de la campagne électorale a illustré et signé le désintérêt, la démobilisation, l’écœurement et la résignation des camerounais face à la manipulation pré-électorale et électorale, marquée par des rejets arbitraires et ciblés de candidatures - ce fut le cas du Parti des Démocrates Camerounais, l’indignation prend de l’ampleur, nul ne saurait dire quand elle atteindra son seuil de non retour. 2011 aura été une année électorale interdite de réunions et de manifestations publiques par les administrateurs civils où l’accès aux médias tant publics que privés aura été filtré avec minutie.
Si la politique camerounaise veut gagner la guerre d’usure sans merci que lui livrent certains hiérarques du pouvoir depuis des décennies, elle devra être présente partout où ces hiérarques au pouvoir sont absents. Elle devra être présente sur le terrain économique et social et remporter des batailles économiques et sociales pour accéder au pouvoir de réaliser l’amélioration des conditions de vie des camerounais. Il s’agit aussi pour la politique camerounaise de transformer enfin le processus de démocratisation qui se traîne en longueur depuis 1990 en culture démocratique véritable. Le combat politique est d’abord un combat pour la représentativité tant idéologique, que sociologique, économique, philosophique et culturelle au sein du pouvoir institutionnel.
Fait à Mva’a le 10 décembre 2011
Louis Tobie MBIDA
Président du Parti des Démocrates Camerounais