Pour le voyageur qui quitte Paris et atterrit à Yaoundé-Nsimalen, descend à l’hôtel Hilton de Yaoundé, traverse le parc Saint- Anastasie, passe devant le Palais des Congrès et s’installe à l’hôtel Sofitel Mont-Fébé Palace, Yaoundé est une belle ville qui du 8ème étage de l’hôtel Sofitel, scintille dans la nuit de tous ses feux, comme un joyau dans son écrin.
Quand le jour se lève, l’observateur aperçoit à ses pieds un parc ondoyant , verdoyant et chatoyant, laissant apparaître la pelouse verte, propre, ordonnée, bien taillée, du Golf et du Club Hippique de Yaoundé. Au loin on distingue des immeubles aux belles façades, des rues tracées au cordeau, asphaltées et bien entretenues qui évoquent encore une fois, s’il en était besoin, que Yaoundé, vue d’en haut, est une belle ville, dont les monts et les collines environnantes accentuent le caractère pittoresque.
Mais, il suffit de s’arrêter une fois et de laisser parler à cœur ouvert cette jeune dame de 27 ans qui travaille comme vendeuse dans une boutique de ce bel hôtel où le client est servi comme un roi par un personnel d’une courtoisie, d’une discrétion, d’une amabilité et d’un professionnalisme remarquables et exceptionnels.
Il suffit, dis-je, de s’arrêter et de laisser parler à cœur ouvert cette jeune vendeuse de 27 ans, pour apprendre qu’elle gagne soixante dix mille francs CFA par mois ( 106,7 Euros / mois ) , qu’elle est mère célibataire d’un enfant, qu’elle vit avec sa mère, veuve , paye des quittances de loyer et est obligée de prélever sur ces soixante dix mille francs CFA de salaire son argent de taxi pour aller travailler du lundi au samedi de 8 heures à 18 heures, qu’elle n’a droit qu’à une petite pause de trente minutes durant laquelle elle grignote à toute vitesse, en se dissimulant sous le comptoir de la boutique, le maigre sandwich qu’elle a ramené de chez elle . On apprend que, de surcroît, elle paye seule, sans le concours du père, les frais et les charges pour élever son enfant. Il ne lui reste plus rien de son salaire dès la troisième semaine du mois, avoue t- elle, le regard baissé, presque honteuse, quand on insiste pour l’interroger.
Il suffit ensuite de parler à cet autre employé de cet hôtel prestigieux pour apprendre qu’il ne gagne que trente mille francs CFA par mois ( soit 45,73 Euros /mois) alors qu’il est père de cinq enfants. Digne et droit, le sourire aux lèvres, propre et correct il assure le service et assume son état.
Lorsqu’enfin on quitte l’hôtel Sofitel Mont-Fébé Palace de Yaoundé pour entrer à l’intérieur du quartier Oyom- Abang, en contrebas du camp Sonel, pour aller à la rencontre de camerounais jeunes et moins jeunes, étudiants des universités de Yaoundé 1 et 2, enseignants et chercheurs de ces mêmes universités, vendeurs à la sauvette dotés de diplômes universitaire, diplômés au chômage et sans emplois formels, jeunes agriculteurs, on découvre un Yaoundé absolument sinistre, glauque, triste et différent de celui qu’on peut apercevoir des balcons de l’hôtel Sofitel Mont-Fébé Palace.
C’est le Yaoundé des crevasses, des rigoles, des frondaisons, des caniveaux orduriers , des ornières, des nids-de- poules, des eaux stagnantes, de la fange et de la boue sous la pluie. On y devine qu’une rue fut tracée il y a belle lurette, elle aurait dû être re-profilée il y a plusieurs années mais cela n’a plus jamais été fait. C’est une piste où des véhicules et des motos taxi circulent tant bien que mal, où aucun trafic n’est possible quand il a plu et où on se pose la question de savoir comment évacuer en urgence dans ces conditions un malade aigu et grave.
On se pose la question de savoir comment les sapeurs pompiers pourraient intervenir pour éteindre un incendie, on cherche sans les apercevoir d’ailleurs les bouches d’incendie. A l’odeur, on devine que de vraies latrines y font défaut et que des égouts n’y ont jamais été prévus. On découvre de frêles chaumières qui côtoient de fières demeures aux murs rougis par une poussière ocre indécrottable pour arriver enfin dans la modeste demeure d’un universitaire, enseignant d’une université de Yaoundé qui a fait l’effort de créer son confort dans cet environnement désolant, où la misère se dispute à la désolation, où l’ampoule électrique éclaire moins bien qu’une bougie parce l’intensité de courant qui arrive jusqu’à elle a été partagée et plusieurs fois trafiquée avant d’arriver à son consommateur final. C’est en ces lieux que l’enseignant à réussi tant bien que mal à installer son petit havre de paix.
On est alors surpris de rencontrer, réunis autour de cet enseignant, des étudiants très modestement vêtus, discrets et attentifs. On serre la main à des vendeurs à la sauvette, à des conducteurs de motos taxis, des « bayam-sellams », de jeunes agriculteurs, des femmes au foyer et des hommes du peuple.
Lorsque les enseignants chercheurs et les étudiants prennent enfin la parole pour se présenter, pour dire ce qu’ils font et comment ils le font, pour exposer leurs théories sur l’Etat et la Nation, l’Economie de marché et l’Economie rurale, on est étonné et saisi par la qualité de leur discours, la densité des messages et la fulgurance des idées qui jaillissent dans cet environnement de poussière rouge, de boue, de pauvreté et de misère.
Ces employés de l’hôtel Sofitel, ces enseignants, ces chercheurs des universités de Yaoundé 1 et 2, ces étudiants sont des diamants bruts qui ne demandent qu’à être taillés pour briller enfin de tous leurs feux. Mais empêtrés dans des soucis de survie, de frais d’inscription trop élevés de cinquante mille francs CFA ( soit 76,22 Euros ), de loyers prohibitifs qui n’ont toujours pas été réajustés à la baisse malgré une décision du ministre du Commerce et du ministre de l’enseignement supérieur Jacques Fame Ndongo, les universitaires restent englués dans des problèmes de subsistance empêchant de réelles performances. Ces étudiants, ces universitaires, ces vendeurs à la sauvette , ces femmes du peuple, vivandières et revendeuses de vivres frais sur les marchés des villes camerounaises appelées en pidgin « bayam-sallams » pour dire « to buy » and « to sell » , ces camerounais simples et sans prétention ont deux choses en commun : la pauvreté et la dignité.
Ils sont pauvres, cela se voit, cela se devine, cela se sent, cela se touche mais ils restent dignes et fiers, ils se posent juste la question de savoir comment ils sortiront enfin de leur misère. Ils ne se font pas directement de soucis pour eux-mêmes, mais pour leurs parents, pour leurs proches. Il y en a qui vont même jusqu’à héberger des enfants qui traînent et de jeunes proches parents du village.
Alors que, m’a avoué une de ces dames, ils passent trois à quatre jours dans certaines maisons, dans plusieurs familles camerounaises, sans faire de cuisine chaude, en ne mangeant quotidiennement qu’une tasse de « Tapioca » arrosée d’eau et de sucre. Point n’est besoin de s’étonner devant tant de misère à Oyom-Abang sis à Yaoundé 7, car le même phénomène existe dans pratiquement tous les arrondissements et quartiers populaires de Yaoundé.
La promiscuité, l’insalubrité, la malpropreté, l’absence d’égouts, les difficultés d’accès à l’eau potable et courante dans les maisons sont les terreaux sur lesquels se développent le choléra tel qu’il sévit depuis le 7 mai 2010 dans le Grand Nord sans que les pouvoirs publics ne parviennent à le juguler et dans l’indifférence ou l’ignorance totale de la communauté internationale.
Honte à nous en ce 21ème siècle. Monsieur Ahmadou AHIDJO chef de l’Etat du Cameroun entre 1960 et 1982, avait pu venir à bout du choléra en peu de temps en son temps, le jeune collégien que je fus à cette époque s’en rappelle encore.
Que faut-il ? : des vaccins , des mesures d’assainissement et de salubrité publiques , l’application de mesures d’hygiène de base, de l’eau potable , donc des adductions d’eau potables, des puits propres , la séparation entres les latrines et les points d’eau potables , des points d’eaux où les hommes et les bêtes ne s’abreuvent pas aux mêmes sources comme cela se pratiquent encore et toujours en certains lieux où le choléra est devenu endémique au Cameroun, dans l’insouciance des hommes au pouvoir qui estiment que le choléra au Cameroun n’est pas chose nouvelle. Il y aurait des flambées sporadiques de choléra depuis 2004. Quelques morts et puis il s’en va, pas de quoi fouetter un homme au pouvoir dans le Cameroun de ces 28 dernières années.
Le Parti Des Démocrates Camerounais (PDC) s’est installé le 14 septembre 2010 au soir dans le quartier Oyom-Abang. Il a décidé d’y financer des micros projets qui seront portés par des hommes et des femmes jeunes et moins jeunes qu’il a rencontrés ce jour là à Yaoundé 7ème parce qu’ils l’y ont invité.
Le Parti Des Démocrates Camerounais a rencontré la pauvreté portée avec dignité par des hommes et des femmes du Cameroun qui ne veulent qu’une chose, s’organiser pour sortir de la misère. Ensemble nous allons y arriver par la réalisation entre autres de micros-projets.
Louis Tobie MBIDA
Président du Parti des Démocrates Camerounais