Site under construction (see french version)

Let us situate the next seven years under the Progamme ``A Dynamic, Solidary and Prosperous Cameroon''
Home  //  The news  //  Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur Paul BIYA

Lettre ouverte à Son Excellence Monsieur Paul BIYA

 

Président de la République du Cameroun

 

A propos du Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE)

 

Excellence Mr le Président de la République,

 

J’avais 4 ans et 3 mois lorsque vous accédiez à la magistrature suprême le 06 novembre 1982. Je me souviens encore de la joie et de l’allégresse que je percevais autour de moi malgré mon âge. Les adultes de cette époque parlent aujourd’hui encore de la satisfaction sur les visages de milliers de camerounais, l’espoir renaissait.

 

Je me rappelle que ma maman, jeune couturière travaillait dans une manufacture de la place. Elle avait pour habitude de me donner 25frs CFA (0,038 euros) pour aller à l’école et cela me suffisait largement car je pouvais m’offrir un pain de 10frs CFA, tartiné avec le haricot de 10frs et une glace à 5frs ; ce goûter comblait ma faim, j’étais heureux et je pouvais suivre l’enseignement du maître d’école qui nous parlait alors de ce futur paradisiaque qui nous attendait lorsque nous serions adultes.

 

Quelques années plus tard, le petit garçon plein de rêves que j’étais, connut pour la première fois ce qu’est la faim ; ma maman m’avait remis 25frs CFA pour mon goûter comme à l’accoutumée, malheureusement pour moi, je ne pus m’offrir mon pain tartiné au haricot avec la glace à la recréation car il fallait dorénavant débourser la somme de 100frs CFA (0,152 euros). Je compris alors que le rêve d’un futur paradisiaque est un mirage.

 

Vos différents discours qui ont suivi ont renforcé cette conviction qui petit à petit s’installait dans l’esprit des camerounais : nous allions droit en enfer et ce n’était pas là un cauchemar à la suite duquel nous allions nous réveiller mais une réalité qui prenait corps chaque jour un peu plus. Au fil des années, vous disiez dans vos discours :

• …l’année ci sera plus difficile que la précédente…serrez les ceintures…

• …l’année ci sera plus difficile que la précédente…retroussez les manches…

• …nous apercevons le bout du tunnel… (bout entrant vers la misère totale)

• Etc.

 

Les entreprises publiques, parapubliques et privées fermaient à tour de rôle ; nos parents perdaient tous leurs emplois. Ce fut pour tous les camerounais le temps de la misère et de l’humiliation.

 

Mais, de manière stoïque, le peuple camerounais dans l’honneur et la dignité a tenu tant bien que mal, chacun essayant de s’adapter à la nouvelle situation en se disant que lorsqu’on a touché le fond, on ne peut que remonter. C’est dans cet état d’esprit que j’entrais dans l’adolescence et le Cameroun allait affronter la dure épreuve de la démocratie…

 

Durant cette période difficile et trouble, l’adolescent que j’étais cherchait à comprendre . Mille et une questions me rongeaient l’esprit : pourquoi ? Comment ? Qui ? Quoi ? Quand ?

 

Mon petit cerveau d’alors qui n’arrivait pas à trouver une réponse à toutes ces questions se contentait de me donner des migraines.

 

Lors de l’élection présidentielle de 2004, vous-même, Mr le président, apportiez la réponse à toutes nos interrogations (pourquoi tant de souffrances et de misères ? comment en sommes-nous arrivés là ? qui est responsable ? quand allons-nous en sortir ? en faisant quoi ?)

 

Le slogan de votre campagne portait sur les grandes AMBITIONS et la photo officielle de cette campagne illustrait cela au mieux ; vous devant en costume et le reste du peuple en haillons derrière.

 

Mr le Président nous étions écœurés, sidérés, scandalisés ; vous nous disiez ce jour qu’ayant accédé à la magistrature suprême en 1982 et après avoir passé 22 ans au pouvoir, vous n’aviez jamais eu d’ambitions pour le Cameroun et c’est seulement à partir de 2004 que vous commenciez à en avoir.

 

En parcourant le dictionnaire universel, on définit l’ambition comme un nom féminin qui signifie : désir d’atteindre à la gloire, au pouvoir, à la réussite sociale.

 

Aujourd’hui, Mr le Président, je me permets de vous poser cette question qu’on aurait dû vous poser en 2004. Les grandes ambitions de 2004 concernaient qui ? Vous et votre clique ou le Cameroun et tous les camerounais ? Je crois que l’on n’a pas besoin d’avoir bac + 5 pour comprendre que vous nous parliez de vos ambitions à vous et à votre clique car, vous et votre clique avez atteint la gloire pas le Cameroun et les camerounais ; vous et votre clique avez le pouvoir pas le Cameroun et les camerounais ; vous et votre clique avez atteint la réussite sociale pas le Cameroun et les camerounais.

 

Aujourd’hui, Mr le Président, vous et votre gouvernement ne cessez de nous parler du Document de Stratégie pour la Croissance et l’Emploi (DSCE) à l’horizon 2035. Avant de nous parler du DSCE, il aurait été bien de montrer au peuple camerounais que vous avez du respect pour lui en faisant le bilan du document de stratégie pour la réduction de la pauvreté (DSRP) que vous nous avez présenté comme la solution miracle à tous nos maux avant 2004 bref…

 

Revenons au DSCE ; deux lettres sont essentielles dans cette abréviation :

C pour Croissance

E pour Emploi

 

Arrêtons-nous un instant sur le mot EMPLOI. Mr le Président pouvons nous dire en toute honnêteté et intelligence qu’il existe de l’emploi au Cameroun ? Que ce que subissent les camerounais au quotidien peut-être considéré comme un emploi ?

 

En 1992, vous promulguiez la loi N° 092/007 du 14 aout 1992 portant code du travail au Cameroun. Combien d’entreprises appliquent et respectent les dispositions de cette loi ?

 

Mr le Président, il ne fait nul doute que vous disposez d’un service de renseignement hyper efficace. Demandez à vos services de renseignement de vous faire un rapport exhaustif des conditions de travail au Cameroun (la durée du travail, le travail de nuit, les congés, la sécurité et la santé au travail, la sécurité sociale…) interpellez votre ministre du travail afin qu’il vous dresse un rapport détaillé et exhaustif des entreprises qui reversent les cotisations sociales des employés, demandez-lui combien de fois par semaine, par mois, par trimestre, par semestre, ou par année les inspecteurs du travail font des descentes au sein des entreprises pour s’assurer du respect et de l’application de la loi que vous-même avez promulguée.

 

Mr le Président, j’ai pris là un exemple fort banal voire anodin mais Ô combien primordial de ce que vivent ces camerounais qui ont la chance ou la malchance d’avoir un emploi car ce que les camerounais vivent pour trouver à manger, lorsqu’on peut lui donner une forme, lorsqu’on peut lui donner un visage, porte un nom : Esclavagisme et cet esclavagisme, c’est vous et votre système qui l’autorisez ; alors, avant de nous promettre le nouveau mirage sur l’emploi du DSCE à l’horizon 2035 ; il y a des problèmes qui ne nécessitent pas un bac + 5 pour leur résolution.

 

Mr le Président comment pouvez-vous nous brandir un DSCE à l’horizon 2035 alors que au même moment vous et votre système contribuez avec énergie à détruire l’emploi et tout ce qui peut générer de l’emploi au Cameroun.

 

Amusons-nous à prendre un exemple pour illustrer le reste.

• Le cinéma.

Je n’ai pas besoin de vous dire que le cinéma, loin d’être un simple art est une industrie qui renferme en son sein plus de 150 corps de métier. En 1972 le réalisateur camerounais Dikongue Pipa recevait l’étalon de YENEGAN au FESPACO ; la plus haute distinction remise au festival panafricain du cinéma de Ouagadougou. Le Cameroun vivait là l’âge d’or de son cinéma (cela se déroulait 8 ans avant ma naissance et 10 ans avant votre arrivée au pouvoir) des films comme « MUNA MOTTO », « Les coopérants », « Pousse Pousse » et bien d’autres nous faisaient rêver ; chaque région du Cameroun comptait au moins deux salles de cinéma c’est alors que moi et plein d’autres jeunes camerounais avions décidé d’embrasser cette carrière et nous l’avons fait ; nous avons étudié le cinéma et nous sommes devenus réalisateurs, monteurs, ingénieurs de son, opérateurs de prise de vue, décorateurs, maquilleurs…Malheureusement, pour nous, au sortir de nos études, vous et votre système nous avez fait déchanter. Le Fodic (Fond de Développement de l’Industrie Cinématographique) avait disparu sans laisser la moindre trace, toutes les salles de cinéma ont fermé. Vous êtes restés insensibles et indifférents à cette catastrophe artistique et culturelle.

 

Mr le Président êtes-vous conscient que le Cameroun dont vous avez hérité en 1982 comptait plus de 100 salles de cinéma en bon état de fonctionnement et que vous et votre système avez réussi l’exploit inimaginable de faire disparaître sur l’ensemble du territoire camerounais toutes les salles de cinéma et par la même occasion détruit plus de 150 corps de métiers ? Attardons nous à cet exemple et dites nous où est la place de l’industrie cinématographique dans votre DSCE ?

 

Je laisse le soin à votre conscience de faire la même analyse pour ce qui est de tous les autres secteurs d’activités moteurs de croissance et de développement qui ont péri sous votre règne.

 

Mr le président Paul BIYA permettez-moi de vous citer nommément car c’est de vous qu’il s’agit :

Il arrive dans la vie de tout homme, un moment ou il faut mettre de côté son égoïsme pour faire valoir l’intérêt commun. Nous voulons encore croire que lorsque vous accédiez à la magistrature suprême en 1982 vous aviez de bonnes intentions pour le Cameroun.

 

Malheureusement, vous avez mis en place un système que vous-même n’arrivez plus à contrôler. Vous le constatez dans vos discours lorsque vous dénoncez l’inertie, la gabegie, la corruption, l’incivisme, les détournements de fonds etc…le problème est que en tant que chef de l’Etat, chef suprême des forces armées, chef de la magistrature suprême , vous n’êtes pas dans votre rôle lorsque vous dénoncez ces insuffisances et autres carences ou manquements car en tant que Président de la République, vous avez le pouvoir de l’action, le pouvoir de la coercition, le pouvoir de la réparation tel que le rappelait il y a peu Louis Tobie Mbida président du Parti des Démocrates Camerounais.

 

Rendons-nous à l’évidence Excellence Mr le Président ; vous n’avez plus le contrôle du système que vous avez mis en place par conséquent, vous et votre équipe ne pouvez pas conduire un document comme le DSCE. Vous n’avez pas pu le faire pour le DSRP, vous ne le ferrez pas pour le DSCE.

 

Vous nous parliez en 2008 lors des émeutes de février des apprentis sorciers, avec tout le respect dû à votre personne, permettez moi de vous dire que ces apprentis sorciers gravitent autour de vous. Ils publient des ouvrages disant que les camerounais vous soutiennent, ils vont distribuer de l’argent dans des villages avec quelques kilos de riz, de poissons et de la bière aux villageois, ils font venir la télé pour filmer cela et vous le montrer pour vous donner l’illusion que le peuple vous soutient.

 

Acceptez et supportez Mr le Président que je vous dise la vérité pure, la vérité dure, la simple vérité : les camerounais et tout le peuple camerounais et même ces apprentis sorciers qui gravitent autour de vous ne croient plus en vous et ne veulent plus de vous comme chef de l’Etat du Cameroun et je suis sûr et certain que quelque part au fond de vous, vous en êtes certain et vous le savez.

 

Permettez en cette année 2011 que le Cameroun retrouve sa posture de grand pays, de grande nation en offrant au monde entier et au Cameroun des élections libres, transparentes, et démocratiques. Faites de l’alternance et de la transition politique une réalité pour l’Afrique en général et le Cameroun que vous aimez tant en particulier.

 

J’ai encore en souvenir cette interview que vous accordiez sur le perron de l’Elysée lorsque vous disiez aux journalistes que le souvenir que vous vouliez laisser est celui de l’homme qui a permis et apporté la démocratie au Cameroun. Mr le Président ce moment est arrivé, l’occasion vous est donnée d’entrer dans l’histoire comme un GRAND HOMME et un HOMME GRAND n’oubliez pas vous avez les pouvoirs de l’action, de la coercition, de la réparation pour y arriver.

 

A mon fils qui n’a que 2 semaines de vie à l’ instant où je vous envoie cette lettre et à tous les enfants qui ne sont pas encore en âge de comprendre, donnez-nous l’occasion de leur parler de vous avec honneur et fierté lorsque dans quelques années, nous allons leur raconter l’histoire de la longue marche du Cameroun vers la démocratie et la prospérité.

 

Puisse Dieu Tout Puissant nous donner l’intelligence de percevoir ce qui est juste, la volonté de le choisir et la force nécessaire de le défendre en toutes circonstances.

 

Georges G. BINELI

Membre du comité exécutif du parti des démocrates camerounais

Chargé de la communication