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De retour d’un exil volontaire en France, le président du Parti des démocrates camerounais entend donner de la voix lors du scrutin présidentiel à venir.

 

Il fait partie de ces leaders d’opposition qui ont connu une journée du 23 février 2011 mouvementée et perturbée. Louis Tobie Mbida, président du Parti des démocrates camerounais (Pdc), avait pour cette journée annoncé la tenue d’une réunion d’échanges sur le programme politique de son parti, avec 1500 jeunes à Mvolyé. Mais la police en a décidé autrement. «La police est arrivée et nous a interdit de tenir notre réunion, après que le prêtre nous a fait savoir qu’il ne savait pas qu’il s’agissait d’une réunion politique», explique le président du Pdc. S’ensuivent des interpellations qui conduisent à des interrogatoires des services de police, de gendarmerie et du renseignement. «Cette journée m’a rappelé le 29 juin 1962, jour où mon père a été arrêté. Et je me suis rendu compte que 20 ans après, le Cameroun n’était toujours pas une démocratie», se rappelle le candidat à la présidentielle 2011.

 

 

Comme une encyclopédie historique, il déroule les dates qui ont jalonné sa vie et ressasse des traumatismes douloureux, humiliants et frustrants qui lui rappellent que le Cameroun n’a pas changé. Aussi faut-il libérer le pays de la génération qui le gouverne depuis 1958, car pour lui, depuis l’Uc, devenu plus tard Unc puis le Rdpc, le peuple vit de manière continuelle la violence du parti unique créé par Ahmadou Ahidjo. «Nous connaissons, depuis 28 ans, le même chef d’Etat qui n’a jamais su tenir parole, qui est passé maître dans les effets d’annonce et qui est champion dans l’usage de l’image politique publicitaire et des poignées de mains protocolaires.» D’où cette réflexion faite dans une tribune libre parue dans votre journal : «La capacité d’indignation de tout un peuple et la colère structurée des citoyens d’une Nation, sont les garants de sa libération.» Pour ce médecin, Paul Biya doit se retirer afin de ne pas «connaître le sort d’un Mobutu, d’un Charles Taylor, d’un Hissène Habre ou d’un Ben Ali».

 

Sûr de lui, débordant de verve, Louis Tobie Mbida écume pêle-mêle marchés de la République, villes et campagnes du triangle national, à la recherche du souffle de la jeunesse qui, selon lui, représente une alternative à la surpopulation de personnalités de renom qui ont, par le passé, constitué l’ossature du parti. «C’était une erreur, de penser que la force d’un parti politique reposait sur d’anciens ministres ou d’élites de renommée. Aujourd’hui, je fais avec les jeunes.»

 

D’après lui, ceux-ci vivent dans la peur physique, sociale, économique et politique. Si la Constitution est la colonne vertébrale du jeu démocratique, Louis Tobie Mbida, rentré d’exil le 2 septembre 2010, pense que celle du Cameroun «a été manipulée pour permettre au président Paul Biya de se présenter de nouveau, s’il le désirait, en 2011.» Ce qui fut, dit-il, une grave erreur.

 

Pour rompre avec ces méthodes, cette monotonie et cette confiscation de la vie et de l’espace politiques, Louis Tobie Mbida propose le retour aux valeurs de solidarité, de générosité et de fraternité. Adepte de l’économie de marché, celui qui se définit comme un démocrate libéral offre un projet de société qui comporte 95 objectifs où le social, la professionnalisation, la politique, l’économie, la décentralisation, la justice sociale, la paix et la sécurité dans le monde, les infrastructures, l’éducation, la santé, la bonne gouvernance, l’agriculture, l’énergie, l’environnement et les projets de développement panafricains et mondiaux – à l’instar du Nepad et des Omd – constituent des lignes fortes.

 

Il est ainsi question, d’après lui, d’installer un système politique efficace, moderne et fonctionnel qui ne sera pas l’expression de la volonté autoritaire d’un seul homme, mais l’émanation de décisions collégiales issues d’une démocratie participative, de combattre le tribalisme et la corruption, de donner une véritable autonomie aux femmes, de faire du progrès, de la justice sociale et de la redistribution des richesses des objectifs essentiels à atteindre entre 2012 et 2016.

 

Le candidat veut créer un système universitaire et scolaire capable de répondre aux questions essentielles du Cameroun. Tiré du discours de l’idéologie du fondateur du parti, André Marie Mbida, son père, le programme politique du candidat Louis Tobie Mbida s’appuie sur une stratégie de proximité qui semble être sa marque de fabrique. Fondé le 12 janvier 1957, le Pdc recherche aujourd’hui une assise nationale. Agé de 55 ans, le président du parti, qui a pour emblème le coq, indique que la seule alternative après Paul Biya, c’est lui.

 

Pierre Célestin Atangana

© Quotidien Mutations