Eu égard à une marge de manoeuvre de plus en plus jugée étroite de l'opposition, des offres alternatives surgissent de la scène politique camerounaise à l'approche de la prochaine présidentielle en principe en octobre, avec en toile de fond une probable candidature d'un Ni John Fru Ndi sans éclat parmi d'autres concurrents face au président sortant Paul Biya.
De tous les dirigeants de l'opposition au Cameroun, Ni John Fru Ndi, « Chairman » du Social Democratic Front (SDF), est celui qui a véritablement incarné les espoirs de changement du pouvoir dans ce pays d'Afrique centrale où, au sein d'une population de 19,4 millions d'habitants, le nombre des partis politiques ne cesse de croître, atteignant 253 formations légalisées début janvier.
Principal symbole de la lutte pour la démocratie célébré comme un leader charismatique dans les premières années du multipartisme instauré en 1990, avec ses slogans « power to the people » (le pouvoir au peuple) et « suffer don finish » en pidgin (fini, la souffrance !), il se classa deuxième avec 35,93% des voix contre 39,97% au président Paul Biya à la présidentielle de 1992, selon les résultats officiels.
Mais probablement pour son boycott des élections législatives de la même année et de la présidentielle de 1997 et bien que conservant son titre de chef de file de l'opposition pour lequel il revendique d'ailleurs un statut officiel, la cote de popularité du « Chairman » s'est effritée, tombant à un score de 17,40% des suffrages au dernier scrutin présidentiel en 2004.
Evidemment, à travers Fru Ndi et son parti secoué ces derniers temps par des déchirures illustrées par de multiples démissions, à l'instar de Kah Walla qui faisait partie de son noyau dur en sa qualité de présidente de la commission des stratégies au sein du comité exécutif national du SDF, se lit aussi l'état de santé de l' opposition au régime de Paul Biya, au pouvoir depuis novembre 1982.
« Le cas Fru Ndi est éminemment intéressant et devient encore plus intéressant à cause de tout ce que tout le monde sait, l' actualité récente qui l'a vu afficher une certaine détente avec le pouvoir en place après deux décennies de méfiance », décrit le politologue Firmin Mbala, enseignant à l'Université catholique d' Afrique centrale (UCAC) à Yaoundé, interrogé par Xinhua.
L'allusion est faite ici à la première rencontre depuis 20 ans entre Fru Ndi et son rival Paul Biya le 8 décembre à Bamenda, sa ville natale du Nord-ouest, en marge d'une visite du président camerounais à l'occasion des 50 ans des forces armées nationales, puis à celle survenue lors du comice agro-pastoral d'Ebolowa (Sud) du 17 au 22 janvier auquel l'opposant a pris part avec ses productions.
Pour Dr. Mbala, le « Chairman » et le pouvoir « sont rentrés dans un jeu extrêmement ambigu, une partie d'échecs extrêmement subtile où on a une configuration d'associés-rivaux, c'est-à-dire qu'on affiche publiquement la détente, mais dans le même temps on s'attache à affaiblir l'adversaire. C'est dans ce cadre-là en fait que va se réaliser probablement l'élection présidentielle ».
« Fru Ndi aura à coeur de compter ses forces. Je pense qu'il a fait son deuil d'avoir un destin national, sauf évidemment miracle. Donc, il a à coeur, me semble-t-il, de verrouiller son ancrage provincial. Il est donc dans une logique de provincialisation et ce n'est même plus une logique de communautarisation au sens où il représenterait les anglophones », juge le politologue.
Mais même dans cette logique de provincialisation, ajoute-t-il, le chef de file de l'opposition camerounaise est menacé notamment par une candidature comme celle Paul Ayah (démissionnaire du Rassemblement démocratique du peuple camerounais, au pouvoir) qui va être la grosse inconnue, peut-être le joker de cette élection si jamais il réussit à se présenter.
La menace est plus à craindre concernant le leader de l' Alliance des forces progressistes, Bernard Muna, lui aussi anglophone du Nord-ouest et fils du défunt président de l' Assemblée nationale (Parlement) Solomon Tandeng Muna. « Bernard Muna serait plus en mesure d'effriter, c'est peut-être son souhait, l'espace politique qui est traditionnellement attribué à John Fru Ndi », décrit Firmin Mbala.
Entre Adamou Ndam Njoya, président de l'Union démocratique camerounaise (UDC), et Maïgari Bello Bouba, allié du RDPC de l' Union nationale pour la démocratie et le progrès (UNDP), l' opposition ne peut pas non plus prétendre à meilleur sort face à Paul Biya à qui tous les pronostics militent prédisent une réélection. « Bello Bouba, si d'aventure il se présente, aura à coeur de survivre sa formation politique, pareil pour de Ndam Njoya », estime le politologue.
Mise en cause, l'étroitesse de la marge de manoeuvre de l' opposition vis-à-vis du RDPC et son « candidat naturel » fait naître des offres alternatives, telles que l'Offre Orange et des noms auxquels on pense et qui manifestement n'ont pas eux-mêmes pensé à la candidature. « Je pense à certains universitaires très médiatiques. Ce type de candidature hors partis politiques a également des chances de prospérer et de connaître un succès tout modeste, mais qui ne serait pas insignifiant », dit Mbala.
Rentré d'un exil volontaire en Europe après tenté de ressusciter dans la foulée des élections de 1992 le Parti des démocrates camerounais (PDC) créé par son défunt père et premier chef du gouvernement camerounais André-Marie Mbida, Louis Tobie Mbida se retrouve quant à lui dans un nouveau combat pour lequel il devra déployer plus d'énergies qu'avant.
C'est que celui-ci « est manifestement un caillou dans la chaussure du pouvoir, dans la mesure où tout effritement, même si minimal qu'il soit, de ce qu'on considère comme étant le bastion ethno-régional du pouvoir est perçu d'un très mauvais oeil, pas nécessairement par le pouvoir lui-même mais par un ensemble de lieutenants qui croient devoir leur position et la perpétuation de cette position à l'intérieur de l'appareil à la loyauté que leurs fiefs ou leurs micro-fiefs – les départements, les arrondissements – seront en mesure de montrer vis-à-vis du pouvoir ».
Pour cette raison, la Lékié, département d'origine de l' héritier du PDC dans le Centre, « va être extrêmement bouillante pour les élections qui arrivent ».
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