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Les camerounais souhaitent des élections libres, démocratiques et transparentes. Cela ne sera possible que lorsque les partis politiques et la société civile joueront leur rôle de communicateurs sociaux, d’informateurs et de formateurs. Nous assistons à deux attitudes de la part de l’administration d’Etat camerounaise : le rejet et l’intransigeance systématiques. Les réunions et les manifestations sont interdites généralement sans justification. Aller aux élections dans ces conditions, c’est accepter la confiscation du pouvoir par une minorité au nom d’une majorité. Nous n’accepterons pas que le parti au pouvoir remporte des élections à 90 % avec seulement 20 % d’électeurs inscrits. Le Parti des Démocrates Camerounais demande à devenir membre d’Elecam afin d’œuvrer pour des élections libres, démocratiques et transparentes, aux résultats incontestables. Nous osons espérer que [le] déploiement de force [du BIR] ne servira pas à réprimer des camerounais revendiquant légitimement leurs droits.


A

Madame, Monsieur le Chef de Mission Diplomatique

Au Cameroun

 

Madame, Monsieur,

L’année 2011 est supposée être une année électorale importante au Cameroun, dans la mesure où s’achève officiellement en octobre de cette année le mandat de l’actuel Chef d’Etat, Monsieur Paul Biya, octobre de cette année après 29 ans de pouvoir.

 

Les camerounais souhaitent des élections libres, démocratiques et transparentes. Cela ne sera possible que lorsque les partis politiques et la société civile joueront leur rôle de communicateurs sociaux, d’informateurs et de formateurs. Les partis politiques à l’exemple des grandes démocraties participent à édifier l’opinion nationale et internationale sur les questions majeures et les préoccupations essentielles de la Nation. Ils proposent des projets de société et ont une vision de la Nation à mettre en œuvre. Pour y parvenir, il leur faut exercer ou participer à l’exercice du pouvoir. Les partis politiques préparent les citoyens aux suffrages.

 

Il est nécessaire à cet effet d’avoir un libre et égal accès aux médias : ce qui n’est pas le cas aujourd’hui au Cameroun pour toutes les formations politiques.

 

Il est important que des réunions et manifestations publiques se tiennent et se déroulent en toute simplicité dans le respect de l’ordre public et des lois et règlements de la République.

 

Nous assistons à deux attitudes de la part de l’administration d’Etat camerounaise : le rejet et l’intransigeance systématiques. Les réunions et les manifestations sont interdites généralement sans justification.

 

Il est évident que des élections se préparent avant la date du scrutin, elles sont surveillées par des scrutateurs représentant toutes les tendances politiques et sont supervisées avant, pendant et après par un organe indépendant, impartial et juste. Cet organe au Cameroun est supposé être Elecam.

 

Malgré une modification du texte organisant Elecam, adoptée par l’Assemblée Nationale en avril 2011 et instituant la présence des partis politiques comme membres d’Elecam, aucun acte n’a été pris dans ce sens par l’exécutif camerounais. Toutes les conditions posées tant par la société civile que les partis politiques pour un scrutin juste, libre, démocratique et incontestable ne sont pas réunies à ce jour 22 juin 2011 au Cameroun.

 

Aller aux élections dans ces conditions, c’est accepter la confiscation du pouvoir par une minorité au nom d’une majorité. Demander aux camerounais de ne pas s’inscrire sur les listes électorales et laisser le parti au pouvoir aller seul au scrutin est une grave erreur politique que le Parti des Démocrates Camerounais condamne avec la dernière énergie. Exiger des camerounais de ne pas exercer ce droit fondamental qu’est le droit de vote est antidémocratique et politiquement contre-productif.

 

L’abstention n’est pas une solution.

 

Nous n’accepterons pas que le parti au pouvoir remporte des élections à 90 % avec seulement 20 % d’électeurs inscrits.

 

Le Parti des Démocrates Camerounais demande à devenir membre d’Elecam afin d’œuvrer pour des élections libres, démocratiques et transparentes, aux résultats incontestables.

 

Dans son rôle de communicateur social, d’informateur, de formateur d’une conscience politique collective et de préservation des conflits, le Parti des Démocrates Camerounais a prévu d’organiser du 2 juillet au 16 juillet 2011 une quinzaine des libertés publiques et de la démocratie au Cameroun. Nous introduirons des demandes de réunions et de manifestations auprès des autorités administratives compétentes à cet effet.

 

Le Parti des Démocrates Camerounais veut à travers l’organisation et la tenue d’une quinzaine consacrée aux libertés publiques et à la démocratie au Cameroun inviter à une réflexion collective, à une série de conférences et de débats, à des séances d’information et de formation afin d’aider à la construction d’une conscience politique dont l’objectif global sera de rendre à la politique sa place de moteur de développement socio-culturel et économique dans la nation et de renforcer la cohésion nationale autour d’idéaux supérieurs. Cette quinzaine sera aussi l’occasion de rappeler qu’aucune démocratie ne peut s’installer et se déployer sans une société civile forte et respectée par les pouvoirs publics, sans des femmes autonomes, conscientes de leur rôle essentiel dans la société et en politique, sans une jeunesse consciente de son apport dans l’expression du suffrage universel, sans un peuple qui comprend pourquoi il doit aller voter et conscient de la place du citoyen dans l’expression et la manifestation de la souveraineté nationale. Ce processus devrait avoir pour résultat la mise en place d’institutions fortes appliquant les principes de bonne gouvernance au service du citoyen et contrôlées en toute transparence par les citoyens.

 

Nous invitons tous les partis politiques sans exclusive à se joindre à nous pour l’organisation de cette quinzaine qui débutera le 2 juillet 2011 et s’achèvera le 16 juillet 2011.

 

Nous sollicitons l’apport des organisations internationales, de toutes les Grandes Démocraties dans le monde, de la société civile, des journalistes, des enseignants, des universitaires, des artistes et animateurs de la vie culturelle du Cameroun dans le pays ou dans la diaspora.

 

Nous avons non seulement le sentiment mais progressivement la certitude que le gouvernement pousse les camerounais à l’affrontement en sachant que l’Etat a le monopole de la violence légitime comme l’a si bien souligné Max Weber. La démonstration de force à laquelle nous avons assisté le 20 mai 2011 en voyant défiler le BIR (Bataillon d’Intervention Rapide) ne se justifie par aucune agression à nos frontières. Alors à quoi servira cette logistique et ce renforcement d’une unité d’élite surentraînée dont les faits et les méfaits défraient la chronique dans un sens qui entretient l’émoi et l’effroi au sein de la population camerounaise. A quelle menace réelle ou supposée apporte t-on une réponse en suréquipant ainsi une armée dans l’Armée dont les hommes sont de moins en moins maîtrisés et maîtrisables ? Nous en voulons pour preuve tous les délits dans lesquels les membres du BIR sont impliqués.

 

Nous osons espérer que ce déploiement de force ne servira pas à réprimer des camerounais revendiquant légitimement leurs droits.

 

Quel que soit le cas, au Parti des Démocrates Camerounais nous voulons d’ores et déjà attirer l’attention de la communauté internationale sur le refus de l’exécutif camerounais de permettre une préparation juste, transparente et démocratique de l’élection présidentielle prévue au Cameroun pour 2011 et exprimons notre inquiétude quant à un cheminement insidieux vers des affrontements et des conflits. Des faucons du parti au pouvoir convaincus que démocratiquement et en cas d’élections libres et transparentes le peuple les rejetterait, comptent sur l’instauration de la peur et la pratique de la violence pour jouer ensuite aux sauveurs opportunistes de la Nation et de la stabilité républicaine. Nous dénonçons cela.

 

Voilà pourquoi nous prenons à témoin les chancelleries présentes à Yaoundé et la communauté internationale pour demander qu’un dialogue franc et sincère entre les partis politiques, la société civile, le parti au pouvoir et l’Etat puisse s’installer et déboucher sur une solution acceptable par tous avant, pendant et après le scrutin à venir.

 

Au cas où les conditions d’une élection libre, démocratique et transparente ne seraient pas réunies à brève échéance, nous avons demandé par lettre adressée au Président de la République datée du 18 juin 2011, le report des élections présidentielles prévues en principe pour octobre 2011. Une date ultérieure devra être convenue entre les partis politiques, la société civile et l’exécutif camerounais sous le regard de l’ONU.

 

L’abstention n’est pas une solution.

 

Il est encore temps de bien faire : nous en sommes certains.

 

Nous vous remercions pour tous les efforts que vous déployez et continuerez à déployer pour le bien des camerounais.

 

Je vous demande de recevoir, Madame, Monsieur, l’expression de ma très haute considération.

 

Louis Tobie MBIDA

Président du Parti des Démocrates Camerounais

Yaoundé, 21 janvier 2011

 

Lien : Programme de la Quinzaine des Libertés Publiques et de la Démocratie au Cameroun du 2 au 16 juillet 2011