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Home  //  Interviews  //  Louis-Tobie Mbida : "Lorsque tous les recours politique auront été épuisés nous entrerons dans la violence"

Le président du Pdc s’est prêté aux préoccupations des journalistes. Il en a profité pour expliquer pourquoi il s’est mis en réserve de la République. Médecin de formation, il a fait sa part de diagnostic d’un Cameroun malade.

 

 

Monsieur le président du Pdc sera-t-il candidat à la présidentielle de 2011 ?


C’est le Parti des démocrates camerounais qui décidera. C’est le peuple camerounais qui décidera. Si les conditions sont réunies pour que je sois candidat, je le serai. Mais personnellement, je suis prêt. On ne s’improvise pas candidat à une élection présidentielle. On le devient pour répondre à la demande d’un groupe, d’une nation. En tant que citoyen, je suis prêt. Et en tant que dirigeant politique, j’ai le devoir de réunir les conditions requises. Il faut la restructuration de notre parti politique. Nous avons besoin d’un homme, d’une femme, d’un jeune dans chaque région, au niveau de chaque département et arrondissement. Je suis prêt mais, est-ce que les Camerounais sont prêts ? Nous ferons un congrès. Le Pdc va aborder en toute confiance tout ce qui va se passer en 2011. Gagner une élection n’est pas une question des finances. Le Rdpc est partout présent lorsqu’il faut faire peur. C’est lui qui gère le soldat, le magistrat. Le Rdpc est absent partout.

 

Quelles sont les chances de réussite du Pdc ?

 

En 1997, après avoir constaté que le parti au pouvoir a sacrifié les acquis, nous avons préféré battre en retraite. Aujourd’hui, nous constatons que ce parti est fragmenté, fracturé de l’intérieur par des scandales politico-financiers, par la mauvaise gestion du pays. Partout où le Rdpc sera absent, nous nous installerons. Et chaque fois qu’il essayera de battre en retraite, nous allons le harceler. Je viens apporter un message de fraternité, de générosité et de solidarité. Il existe dans ce pays une unité de croyants. Les chrétiens et les musulmans font la différence entre le bien et le mal. Dieu nous demande de faire le bien. Ceux qui font le mal, ont leur diable. Et ces hommes-là existent. Il faut les identifier et les chasser du pouvoir.

 

Le Pdc pratique une démocratie générale. Nous sommes du Centre. Pendant les douze ans, il n’y a plus eu de politique au Cameroun. Ces douze ans auront été la corde donnée au Rdpc pour aller se pendre. Ils n’ont pas pu remplir la mission qui leur avait été confiée par l’histoire. En 1982, Paul Biya a apporté du nouveau en parlant de la rigueur et de la moralisation. Les Camerounais y ont cru. On a apporté à cet homme toutes les disponibilités. Paul Biya a tout reçu des Camerounais. On lui a tout donné. Et au bout des 28 ans, il a échoué. La politique est de retour aujourd’hui.

 

Que proposez-vous au peuple camerounais ?

 

J’ai toujours milité pour l’initiative privée dans ce pays. Je veux moins d’Etat. Si le Pdc arrive aux affaires, je souhaite supprimer toutes les taxes de douane sur tous les produits d’importation et outils qui permettront de construire le Cameroun. Mais par contre, tous les produits agro-pastoraux, c’est là où il faudra mettre les impôts importants pour protéger le cultivateur camerounais. Je veux moins d’Etat et plus d’entreprises au Cameroun. Le citoyen doit avoir confiance en cet Etat. Un Etat qui est proche de ses citoyens, ne se laisse pas corrompre. Le Pdc présente un programme en 95 points. Il y a ceux qui nécessitent des financements et d’autres qui nécessitent essentiellement une volonté politique. Parmi ces 95 points, il y a une rubrique que nous appelons Rendre le Cameroun plus démocratique. Il faut également promouvoir l’économie rurale.

 

Au cas où Paul Biya est réélu en 2011, Louis Tobie Mbida accepterait-il un poste ministériel ?

 

Qui vivra verra.

 

En 1997, vous partez du pays après avoir soutenu Paul Biya en 1992. N’était-ce pas là une trahison ? N’avez-vous pas trahi vos frères de la Lékié qui comptaient sur vous?

 

Je suis un homme qui regarde devant lui. Derrière, c’est du passé. Et je tiens à faire une clarification importante. Cette vision tribaliste que nous avons de la politique au Cameroun devrait changer. Le Parti des démocrates camerounais n’est pas une association tribale. Le Pdc contient tous les Camerounais. Nous ne pratiquons pas une politique tribale. Je suis parti volontairement en exil parce que les conditions sociopolitiques instaurées au Cameroun par un parti qui continue à penser comme le parti unique. Qui vous dit qu’un homme politique n’est véritable homme politique que lorsqu’il souffre dans sa peau ? J’ai l’impression que dans notre pays, nous adorons les morts. Le vrai opposant, c’est celui qui a été tué, c’est celui qui a passé sa vie derrière les barreaux. Aujourd’hui que le Rdpc est fracturé, fragmenté de l’intérieur, c’est le moment de le pousser au bord. C’est ce que nous allons faire.

 

Etes-vous pour une candidature unique de l’opposition ?

 

La question n’est pas celle du candidat unique. Elle est celle du bulletin unique. Il y a une différence entre bulletin unique et candidat unique. Le candidat unique, je n’y crois pas. Il n’y en aura pas. Pourquoi voulez-vous que j’aille convaincre Mr John Fru Ndi ? Pourquoi voulez-vous que j’aille dire à Mr Adamou Ndam Njoya qu’il ne sera pas candidat en 2011 ? Pourquoi voulez-vous que je dise à Bello Bouba Maïgari qui est ministre dans le gouvernement de Biya, qu’il n’a pas le droit de se présenter ? Malgré mon âge, je n’ai que 54 ans, je ne veux plus de parti unique au Cameroun. Mais par contre, l’opposition a le droit de mutualiser ses moyens.

 

Parlant des élections au Cameroun, on connaît les méthodes du Rdpc. Quelles seront les vôtres ?

 

Nous sommes entrain de faire des recrutements. On a créé un organe au Cameroun appelé Elecam. Y a-t-il des raisons d’être pour ou contre ? Nous voulons que les choses changent. Nous devons apporter une capacité de crédibilité et d’adaptation. Quelqu’un m’a dit un jour que je n’irai nulle part parce que mon parti n’a que des va-nu-pieds. Ce n’est pas parce que notre parti politique souffre actuellement de l’absence d’anciens directeurs généraux, d’anciens ministres ou ministres. Nous faisons appel à des hommes qui n’ont pas peur. Le véritable problème qui empêche la structuration des partis politiques au Cameroun, c’est la peur. Les gens ont peur. Tous les Camerounais ont chacun une raison pour ne pas militer officiellement dans un parti de l’opposition. Lorsqu’un Camerounais se lève pour dire que nous allons nous battre contre ce parti et arriver jusqu’au bout, vous trouvez toutes les raisons puériles pour lui démontrer qu’on ne peut pas le faire, qu’on en est incapable.

 

Propos recueillis par Jean-Pierre BITONGO

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