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Que vous inspire la décision présidentielle baissant le coût d’établissement de la carte nationale d’identité (Cni) ?

 

Le problème des cartes nationales d’identité au Cameroun doit être pris très au sérieux. Au cours de nos descentes sur le terrain, ces derniers jours, il nous a été donné de constater que de nombreux citoyens ne pouvaient pas voter parce que ne disposant pas de cette pièce importante pour le processus électoral. Ce que nous demandons au gouvernement camerounais, c’est d’instaurer la gratuité de la carte nationale d’identité et la facilitation de son obtention.

Le ministre de la Communication, M. Issa Tchiroma, a déclaré que le président de la République a institué le coût de l’établissement de la Cni à 2800 francs. Nous pensons que c’est une insulte au peuple camerounais, une insulte aux Camerounais qui sont pauvres. Il existe trois catégories de Camerounais aujourd’hui : ceux qui vendent des illusions, ceux qui se font des illusions et ceux qui ne n’ont plus d’illusions du tout. La dernière catégorie, c’est le petit peuple, celui-là qui vit avec moins de 28.000 francs par mois. Une Cni à 2800 francs, cela représente le dixième du salaire interprofessionnel minimum garanti (Smic). Il y a en a qui gagnent moins que ça, ou qui ne sont pas salariés, n’ont pas d’emploi (50% des Camerounais sont sans emploi réel). Cette annonce est non seulement électoraliste, mais aussi une demi-mesure. Si on veut vraiment inciter les citoyens à s’inscrire massivement sur les listes électorales, il fait prendre une notre qui instruit la gratuité de la Cni.

 

Les opérations d’inscriptions sur les listes électorales s’achèvent avec le mois d’avril. Tout le monde aura-t-il le temps de s’inscrire ?


Ils n’auront pas ce temps. C’est pourquoi nous demandons la prorogation de cette période, mais aussi la révision du mode de gestion d’Elections Cameroon (Elecam). Nous souhaitons que les partis politiques et la société civile participent à la gestion de cette structure. Il est impossible que, d’ici fin avril, on ait atteint les conditions requises pour que Elecam soit vraiment incontestable, comme l’a dit le chef de l’Etat.

 

Les inscriptions massives sur les listes électorales garantissent-elles un scrutin libre et transparent ?


Pas obligatoirement. C’est une question très importante. Tant que les partis politiques n’auront pas la possibilité de mette en place des scrutateurs dans chaque bureau de vote sur toute l’étendue du territoire camerounais, le vote ne pourra jamais être libre, transparent et indépendant.

 

Pensez-vous que vos revendications peuvent être acceptées et mises en action, dans la période qui nous sépare de l’élection présidentielle ?


C’est une question de bonne volonté, de part et d’autre. C’est un travail de longue haleine. Au Pdc, nous avons engagé des visites de terrain (marchés et autres lieux publics) depuis quelque temps, et à chaque descente nous nous rendons bien compte, à écouter les citoyens, que la tâche est immense, les attentes grandes et la volonté politique des gouvernants absente.

 

On a connu plusieurs regroupements de l’opposition depuis les «années de braise», qui ont fini par des retournements de veste, des reniements et des actes de trahison. Pensez-vous être encore crédibles aux yeux des Camerounais ?

 

Nous sommes allés à l’élection présidentielle de 1992 dans une impréparation totale. Les choses se sont passées dans la débandade totale. En 1997, écoeuré par la qualité du travail sur le terrain et les fraudes massives, je suis parti en exil. Mais le contexte international a évolué. Aujourd’hui, de nombreux pays n’acceptent plus d’accorder des crédits ou des subventions à des pays africains, pour qu’en retour cet argent soit dilapidé. Le monde a un besoin pressant de respirer la démocratie. Il faut en tenir compte désormais. On ne peut plus tricher les élections de manière éhontée, détourner l’argent destiné à l’aide au développement et espérer le soutien de la communauté internationale.

 

© Par Félix C. Ebolé Bola de Mutations