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Let us situate the next seven years under the Progamme ``A Dynamic, Solidary and Prosperous Cameroon''
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Pourquoi dites-vous qu’après 28 ans de régime Paul Biya, il faut siffler la fin du match ?

 

Le Cameroun comprend le langage du sport, depuis 28 ans, nous avons un capitaine d’une équipe, mais au bout de 28 ans, il n’a pas sorti le Cameroun de la misère. Il n’a pas su apporter aux Camerounais les infrastructures qu’on attendait de lui, scolaires, hospitalières, routières… Et se soigner au Cameroun aujourd’hui est une gageure. Ceux qui ont les moyens se font évacuer, vers Paris, New York ou Londres. Je le confirme.

 

Vous dites qu’au Cameroun, 2008 a été une année charnière. Et que Paul Biya a manqué cette année-là, deux rendez-vous avec l’histoire. Lequel ?

 

Il a manqué un rendez-vous en février 2008, lorsque les jeunes sont descendus dans la rue, pour protester parce qu’ils avaient faim. Plutôt que de dialoguer avec les jeunes, il a envoyé les forces armées camerounaises, et le gouvernement lui-même, déplore un certain nombre de morts. C’est un rendez-vous manqué avec son propre pays. Il a aussi manqué un rendez-vous avec l’histoire, lorsqu’en avril 2008, il a décidé de changer la constitution, qui prévoyait un chef d’Etat, ayant un mandat de 7 ans, renouvelable une seule fois. Et, il risque de mener le combat de trop. Parce qu’on lui a donné sa chance en 1982. On la lui a renouvelée en 1992. Mais aujourd’hui, au bout de 28 ans, le Cameroun est plongé dans des scandales politico-financiers, il est plongé dans les misères des populations. Les attentes de ce peuple camerounais n’ont pas été réalisées.

 

Alors, comme tous les Camerounais, vous avez écouté attentivement le discours de Paul Biya, le 17 mai dernier, à l’occasion des cérémonies du cinquantième anniversaire de l’indépendance, un discours où le président camerounais a rendu hommage aux jeunes nationalistes qui sont allés jusqu’au sacrifice de leur vie, un grand discours. Et vous dites pourtant que ce discours a été une grande occasion manquée. Pourquoi ?

 

Tout simplement parce qu’il a parlé des jeunes nationalistes, mais il ne les a pas cités. Certains Camerounais les connaissent, mais la jeune génération, ceux qui sont nés en 1980, ne savent pas qui étaient Ruben Um Nyobé, Osendé Afana, Félix Roland Moumié. Ils ne savent pas qui était Ouandié Ernest. Le président de la République aurait pu citer aussi d’autres hommes qui ont précédé. Il aurait pu citer Douala Manga Bell qui est mort, pendu par les Allemands en 1916. Martin Paul Samba, fusillé par les Allemands en 1916. il aurait pu citer André Marie Mbida, qui a quand même conduit le tout premier gouvernement en 1957. il aurait pu citer Ahmadou Ahidjo, qui lui a tendu le flambeau en 1982.

 

Alors, André Marie Mbida, c’est votre père. Il a été député français, aux cotés d’Houphouët et de Senghor, puis il est devenu le premier chef du gouvernement camerounais issu de la loi Deferre, vous en parlez longuement dans votre livre. Le silence du président Biya sur votre père, ça vous blesse, hein ?

 

Çà ne me blesse pas personnellement. Ce silence, j’y suis habitué, depuis des générations déjà. Mais, j’estime que c’est un devoir de citoyen, que d’enseigner l’histoire de son peuple à toutes les générations. Je crois que le chef de l’Etat a manqué à son devoir. C’eut été une occasion d’apporter une pierre à l’édifice national de réconciliation. C’est çà le fond du problème.

 

Aujourd’hui, docteur Mbida, vous exercez la médecine en France depuis douze ans, mais vous êtes sur le point de rentrer au Cameroun pour réactiver le parti des démocrates camerounais. Le fief de votre père, c’était le centre et le sud du pays. Depuis, c’est le Rdpc de Paul Biya qui est fortement implanté dans ces régions. Vous allez chasser dans les terres du Rdpc ?

 

Je ne rentre pas au Cameroun comme politicien du Centre ou du Sud. Je rentre au Cameroun comme Camerounais. Du reste, les problèmes qui se posent aux paysans camerounais d’Obala, sont les mêmes qui se posent aux paysans camerounais de Maroua, de Ngaoundéré, de Bertoua, de Bafoussam ou de Nkongsamba. Ce sont les mêmes problèmes. C’est une économie où les populations n’ont pas encore trouvé de possibilité, au-delà de la culture de subsistance, de faire une culture d’exportation. Il n’existe pas encore de tissu industriel dans notre pays. Aujourd’hui encore, le crédit reste très souvent entre les mains des banques étrangères. Donc, ma vision du Cameroun n’est pas une vision tribale, régionale. C’est une vision qui est globale.

 

Mais, après les années 60/70, ou le parti de votre père était bien implanté, est-ce que vous n’êtes pas animé par un esprit de revanche ? Peut-être, non ?

 

Absolument pas. J’ai réglé mon problème personnel. Je suis médecin en France. Un médecin français, on le sait, il gagne bien sa vie. Donc, mon problème n’est pas un problème individuel et personnel. C’est un problème d’appartenance à une cause commune, la cause de l’Afrique. Et je ne pense pas que, seuls les Africains vivant en Afrique, ont le devoir et l’obligation de s’y intéresser, pour que l’Afrique aille mieux. C’est dans ce sens que je m’engage.

 

Votre père a été persécuté par le régime d’Ahmadou Ahidjo. Est-ce que votre engagement politique est lié à çà ou pas ?

 

J’ai appris par ce que j’ai subi. Lorsque mon père est arrêté le 29 juin 1962, j’ai six ans, j’ai tout vécu. Le film de cette arrestation de mon père, je l’ai encore dans ma tête. Ce serait mentir aujourd’hui que de dire qu’un enfant de six ans n’a pas peur, lorsqu’il voit arriver tôt le matin à la maison où il habite avec ses parents des hommes armés. J’ai vu ma mère se battre avec monsieur Pondi, qui à l’époque, était commissaire de police à Yaoundé. J’ai vu ma mère se battre lorsqu’ils ont commencé à fouiller la maison. Ce type d’événement ne s’oublie jamais. Ce serait mentir que de dire que j’ai tout oublié. Mais, je n’en veux à personne. Je comprends aujourd’hui que çà fait partie de l’histoire. Il y a d’autres qui ont souffert plus que çà. Um Nyobé Ruben dont nous parlions tout à l’heure a été fusillé. Sa famille n’a même pas eu le droit de voir son corps. Osendé Afana a été décapité, nous dit-on aujourd’hui. Il était interdit à sa famille de pleurer ne serait-ce que sa mort. Mbida est revenu aveugle de prison, mais il est revenu vivant, quand même. Donc, ma démarche n’est pas une démarche de vengeance. Non. Mais je dois avouer une chose, c’est que, je me rappelle, j’étais en classe de seconde, quand je lui ai posé la question de savoir, pourquoi papa, te bats-tu avec Ahidjo ? Est-ce que ce combat est nécessaire ? Il m’a répondu : je me bats pour la démocratie au Cameroun.

 

Serez-vous candidat à la présidentielle de 2001?

 

Je vais descendre au Cameroun dans quelques semaines. S’il existe un repère véritable, je me porterai candidat.

 

© Source sonore: Radio France Internationale & Transcription du Quotidienlejour